Chapitre III. A bon év?que dur év?ché
M. l'év?que, pour avoir converti son carrosse en aumônes, n'en faisait pas moins ses tournées. C'est un dioc?se fatigant que celui de Digne. Il a fort peu de plaines, beaucoup de montagnes, presque pas de routes, on l'a vu tout a l'heure; trente-deux cures, quarante et un vicariats et deux cent quatre-vingt-cinq succursales. Visiter tout cela, c'est une affaire. M. l'év?que en venait a bout. Il allait a pied quand c'était dans le voisinage, en carriole dans la plaine, en cacolet dans la montagne. Les deux vieilles femmes l'accompagnaient. Quand le trajet était trop pénible pour elles, il allait seul.
Un jour, il arriva a Senez, qui est une ancienne ville épiscopale, monté sur un âne. Sa bourse, fort a sec dans ce moment, ne lui avait pas permis d'autre équipage. Le maire de la ville vint le recevoir a la porte de l'év?ché et le regardait descendre de son âne avec des yeux scandalisés. Quelques bourgeois riaient autour de lui.
-Monsieur le maire, dit l'év?que, et messieurs les bourgeois, je vois ce qui vous scandalise; vous trouvez que c'est bien de l'orgueil a un pauvre pr?tre de monter une monture qui a été celle de Jésus-Christ. Je l'ai fait par nécessité, je vous assure, non par vanité.
Dans ses tournées, il était indulgent et doux, et pr?chait moins qu'il ne causait. Il ne mettait aucune vertu sur un plateau inaccessible. Il n'allait jamais chercher bien loin ses raisonnements et ses mod?les. Aux habitants d'un pays il citait l'exemple du pays voisin. Dans les cantons o? l'on était dur pour les nécessiteux, il disait:
-Voyez les gens de Briançon. Ils ont donné aux indigents, aux veuves et aux orphelins le droit de faire faucher leurs prairies trois jours avant tous les autres. Ils leur rebâtissent gratuitement leurs maisons quand elles sont en ruines. Aussi est-ce un pays béni de Dieu. Durant tout un si?cle de cent ans, il n'y a pas eu un meurtrier.
Dans les villages âpres au gain et a la moisson, il disait:
-Voyez ceux d'Embrun. Si un p?re de famille, au temps de la récolte, a ses fils au service a l'armée et ses filles en service a la ville, et qu'il soit malade et emp?ché, le curé le recommande au prône; et le dimanche, apr?s la messe, tous les gens du village, hommes, femmes, enfants, vont dans le champ du pauvre homme lui faire sa moisson, et lui rapportent paille et grain dans son grenier.
Aux familles divisées par des questions d'argent et d'héritage, il disait:
-Voyez les montagnards de Devoluy, pays si sauvage qu'on n'y entend pas le rossignol une fois en cinquante ans. Eh bien, quand le p?re meurt dans une famille, les garçons s'en vont chercher fortune, et laissent le bien aux filles, afin qu'elles puissent trouver des maris.
Aux cantons qui ont le go?t des proc?s et o? les fermiers se ruinent en papier timbré, il disait:
-Voyez ces bons paysans de la vallée de Queyras. Ils sont la trois mille âmes. Mon Dieu! c'est comme une petite république. On n'y connaît ni le juge, ni l'huissier. Le maire fait tout. Il répartit l'impôt, taxe chacun en conscience, juge les querelles gratis, partage les patrimoines sans honoraires, rend des sentences sans frais; et on lui obéit, parce que c'est un homme juste parmi des hommes simples.
Aux villages o? il ne trouvait pas de maître d'école, il citait encore ceux de Queyras:
-Savez-vous comment ils font? disait-il. Comme un petit pays de douze ou quinze feux ne peut pas toujours nourrir un magister, ils ont des maîtres d'école payés par toute la vallée qui parcourent les villages, passant huit jours dans celui-ci, dix dans celui-la, et enseignant. Ces magisters vont aux foires, o? je les ai vus. On les reconnaît a des plumes a écrire qu'ils portent dans la ganse de leur chapeau. Ceux qui n'enseignent qu'a lire ont une plume, ceux qui enseignent la lecture et le calcul ont deux plumes; ceux qui enseignent la lecture, le calcul et le latin ont trois plumes. Ceux-la sont de grands savants. Mais quelle honte d'?tre ignorants! Faites comme les gens de Queyras.
Il parlait ainsi, gravement et paternellement, a défaut d'exemples inventant des paraboles, allant droit au but, avec peu de phrases et beaucoup d'images, ce qui était l'éloquence m?me de Jésus-Christ, convaincu et persuadant.
Chapitre IV. Les ?uvres semblables aux paroles
Sa conversation était affable et gaie. Il se mettait a la portée des deux vieilles femmes qui passaient leur vie pr?s de lui; quand il riait, c'était le rire d'un écolier.
Madame Magloire l'appelait volontiers Votre Grandeur. Un jour, il se leva de son fauteuil et alla a sa biblioth?que chercher un livre. Ce livre était sur un des rayons d'en haut. Comme l'év?que était d'assez petite taille, il ne put y atteindre.
-Madame Magloire, dit-il, apportez-moi une chaise. Ma grandeur ne va pas jusqu'a cette planche.
Une de ses parentes éloignées, madame la comtesse de Lô, laissait rarement échapper une occasion d'énumérer en sa présence ce qu'elle appelait "les espérances" de ses trois fils. Elle avait plusieurs ascendants fort vieux et proches de la mort dont ses fils étaient naturellement les héritiers. Le plus jeune des trois avait a recueillir d'une grand'tante cent bonnes mille livres de rentes; le deuxi?me était substitué au titre de duc de son oncle; l'aîné devait succéder a la pairie de son a?eul. L'év?que écoutait habituellement en silence ces innocents et pardonnables étalages maternels. Une fois pourtant, il paraissait plus r?veur que de coutume, tandis que madame de Lô renouvelait le détail de toutes ces successions et de toutes ces "espérances". Elle s'interrompit avec quelque impatience:
-Mon Dieu, mon cousin! mais a quoi songez-vous donc?
-Je songe, dit l'év?que, a quelque chose de singulier qui est, je crois, dans saint Augustin: "Mettez votre espérance dans celui auquel on ne succ?de point."
Une autre fois, recevant une lettre de faire-part du déc?s d'un gentilhomme du pays, o? s'étalaient en une longue page, outre les dignités du défunt, toutes les qualifications féodales et nobiliaires de tous ses parents:
-Quel bon dos a la mort! s'écria-t-il. Quelle admirable charge de titres on lui fait all?grement porter, et comme il faut que les hommes aient de l'esprit pour employer ainsi la tombe a la vanité!
Il avait dans l'occasion une raillerie douce qui contenait presque toujours un sens sérieux. Pendant un car?me, un jeune vicaire vint a Digne et pr?cha dans la cathédrale. Il fut assez éloquent. Le sujet de son sermon était la charité. Il invita les riches a donner aux indigents, afin d'éviter l'enfer qu'il peignit le plus effroyable qu'il put et de gagner le paradis qu'il fit désirable et charmant. Il y avait dans l'auditoire un riche marchand retiré, un peu usurier, nommé M. Géborand, lequel avait gagné un demi-million a fabriquer de gros draps, des serges, des cadis et des gasquets. De sa vie M. Géborand n'avait fait l'aumône a un malheureux. A partir de ce sermon, on remarqua qu'il donnait tous les dimanches un sou aux vieilles mendiantes du portail de la cathédrale. Elles étaient six a se partager cela. Un jour, l'év?que le vit faisant sa charité et dit a sa s?ur avec un sourire:
-Voila monsieur Géborand qui ach?te pour un sou de paradis.
Quand il s'agissait de charité, il ne se rebutait pas, m?me devant un refus, et il trouvait alors des mots qui faisaient réfléchir. Une fois, il qu?tait pour les pauvres dans un salon de la ville. Il y avait la le marquis de Champtercier, vieux, riche, avare, lequel trouvait moyen d'?tre tout ensemble ultra-royaliste et ultra-voltairien. Cette variété a existé. L'év?que, arrivé a lui, lui toucha le bras.
-Monsieur le marquis, il faut que vous me donniez quelque chose.
Le marquis se retourna et répondit s?chement:
-Monseigneur, j'ai mes pauvres.
-Donnez-les-moi, dit l'év?que.
Un jour, dans la cathédrale, il fit ce sermon.
"Mes tr?s chers fr?res, mes bons amis, il y a en France treize cent vingt mille maisons de paysans qui n'ont que trois ouvertures, dix-huit cent dix-sept mille qui ont deux ouvertures, la porte et une fen?tre, et enfin trois cent quarante-six mille cabanes qui n'ont qu'une ouverture, la porte. Et cela, a cause d'une chose qu'on appelle l'impôt des portes et fen?tres. Mettez-moi de pauvres familles, des vieilles femmes, des petits enfants, dans ces logis-la, et voyez les fi?vres et les maladies. Hélas! Dieu donne l'air aux hommes, la loi le leur vend. Je n'accuse pas la loi, mais je bénis Dieu. Dans l'Is?re, dans le Var, dans les deux Alpes, les hautes et les basses, les paysans n'ont pas m?me de brouettes, ils transportent les engrais a dos d'hommes; ils n'ont pas de chandelles, et ils br?lent des bâtons résineux et des bouts de corde trempés dans la poix résine. C'est comme cela dans tout le pays haut du Dauphiné. Ils font le pain pour six mois, ils le font cuire avec de la bouse de vache séchée. L'hiver, ils cassent ce pain a coups de hache et ils le font tremper dans l'eau vingt-quatre heures pour pouvoir le manger.-Mes fr?res, ayez pitié! voyez comme on souffre autour de vous."
Né provençal, il s'était facilement familiarisé avec tous les patois du midi. Il disait: "Eh bé! moussu, s?s sagé?" comme dans le bas Languedoc. "Onté anaras passa?" comme dans les basses Alpes. "Puerte un bouen moutou embe un bouen froumage grase", comme dans le haut Dauphiné. Ceci plaisait au peuple, et n'avait pas peu contribué a lui donner acc?s pr?s de tous les esprits. Il était dans la chaumi?re et dans la montagne comme chez lui. Il savait dire les choses les plus grandes dans les idiomes les plus vulgaires. Parlant toutes les langues, il entrait dans toutes les âmes. Du reste, il était le m?me pour les gens du monde et pour les gens du peuple. Il ne condamnait rien hâtivement, et sans tenir compte des circonstances environnantes. Il disait:
-Voyons le chemin par o? la faute a passé.
Étant, comme il se qualifiait lui-m?me en souriant, un ex-pécheur, il n'avait aucun des escarpements du rigorisme, et il professait assez haut, et sans le froncement de sourcil des vertueux féroces, une doctrine qu'on pourrait résumer a peu pr?s ainsi:
"L'homme a sur lui la chair qui est tout a la fois son fardeau et sa tentation. Il la traîne et lui c?de.
"Il doit la surveiller, la contenir, la réprimer, et ne lui obéir qu'a la derni?re extrémité. Dans cette obéissance-la, il peut encore y avoir de la faute; mais la faute, ainsi faite, est vénielle. C'est une chute, mais une chute sur les genoux, qui peut s'achever en pri?re.
"?tre un saint, c'est l'exception; ?tre un juste, c'est la r?gle. Errez, défaillez, péchez, mais soyez des justes.
"Le moins de péché possible, c'est la loi de l'homme. Pas de péché du tout est le r?ve de l'ange. Tout ce qui est terrestre est soumis au péché. Le péché est une gravitation."
Quand il voyait tout le monde crier bien fort et s'indigner bien vite:
-Oh! oh! disait-il en souriant, il y a apparence que ceci est un gros crime que tout le monde commet. Voila les hypocrisies effarées qui se dép?chent de protester et de se mettre a couvert.
Il était indulgent pour les femmes et les pauvres sur qui p?se le poids de la société humaine. Il disait:
-Les fautes des femmes, des enfants, des serviteurs, des faibles, des indigents et des ignorants sont la faute des maris, des p?res, des maîtres, des forts, des riches et des savants.
Il disait encore:
-A ceux qui ignorent, enseignez-leur le plus de choses que vous pourrez; la société est coupable de ne pas donner l'instruction gratis; elle répond de la nuit qu'elle produit. Cette âme est pleine d'ombre, le péché s'y commet. Le coupable n'est pas celui qui y fait le péché, mais celui qui y a fait l'ombre.
Comme on voit, il avait une mani?re étrange et a lui de juger les choses. Je soupçonne qu'il avait pris cela dans l'évangile.
Il entendit un jour conter dans un salon un proc?s criminel qu'on instruisait et qu'on allait juger. Un misérable homme, par amour pour une femme et pour l'enfant qu'il avait d'elle, a bout de ressources, avait fait de la fausse monnaie. La fausse monnaie était encore punie de mort a cette époque. La femme avait été arr?tée émettant la premi?re pi?ce fausse fabriquée par l'homme. On la tenait, mais on n'avait de preuves que contre elle. Elle seule pouvait charger son amant et le perdre en avouant. Elle nia. On insista. Elle s'obstina a nier. Sur ce, le procureur du roi avait eu une idée. Il avait supposé une infidélité de l'amant, et était parvenu, avec des fragments de lettres savamment présentés, a persuader a la malheureuse qu'elle avait une rivale et que cet homme la trompait. Alors, exaspérée de jalousie, elle avait dénoncé son amant, tout avoué, tout prouvé. L'homme était perdu. Il allait ?tre prochainement jugé a Aix avec sa complice. On racontait le fait, et chacun s'extasiait sur l'habileté du magistrat. En mettant la jalousie en jeu, il avait fait jaillir la vérité par la col?re, il avait fait sortir la justice de la vengeance. L'év?que écoutait tout cela en silence. Quand ce fut fini, il demanda:
-O? jugera-t-on cet homme et cette femme?
-A la cour d'assises.
Il reprit:
-Et o? jugera-t-on monsieur le procureur du roi?
Il arriva a Digne une aventure tragique. Un homme fut condamné a mort pour meurtre. C'était un malheureux pas tout a fait lettré, pas tout a fait ignorant, qui avait été bateleur dans les foires et écrivain public. Le proc?s occupa beaucoup la ville. La veille du jour fixé pour l'exécution du condamné, l'aumônier de la prison tomba malade. Il fallait un pr?tre pour assister le patient a ses derniers moments. On alla chercher le curé. Il paraît qu'il refusa en disant: Cela ne me regarde pas. Je n'ai que faire de cette corvée et de ce saltimbanque; moi aussi, je suis malade; d'ailleurs ce n'est pas la ma place. On rapporta cette réponse a l'év?que qui dit:
-Monsieur le curé a raison. Ce n'est pas sa place, c'est la mienne.
Il alla sur-le-champ a la prison, il descendit au cabanon du "saltimbanque", il l'appela par son nom, lui prit la main et lui parla. Il passa toute la journée et toute la nuit pr?s de lui, oubliant la nourriture et le sommeil, priant Dieu pour l'âme du condamné et priant le condamné pour la sienne propre. Il lui dit les meilleures vérités qui sont les plus simples. Il fut p?re, fr?re, ami; év?que pour bénir seulement. Il lui enseigna tout, en le rassurant et en le consolant. Cet homme allait mourir désespéré. La mort était pour lui comme un abîme. Debout et frémissant sur ce seuil lugubre, il reculait avec horreur. Il n'était pas assez ignorant pour ?tre absolument indifférent. Sa condamnation, secousse profonde, avait en quelque sorte rompu ça et la autour de lui cette cloison qui nous sépare du myst?re des choses et que nous appelons la vie. Il regardait sans cesse au dehors de ce monde par ces br?ches fatales, et ne voyait que des tén?bres. L'év?que lui fit voir une clarté.
Le lendemain, quand on vint chercher le malheureux, l'év?que était la. Il le suivit. Il se montra aux yeux de la foule en camail violet et avec sa croix épiscopale au cou, côte a côte avec ce misérable lié de cordes.
Il monta sur la charrette avec lui, il monta sur l'échafaud avec lui. Le patient, si morne et si accablé la veille, était rayonnant. Il sentait que son âme était réconciliée et il espérait Dieu. L'év?que l'embrassa, et, au moment o? le couteau allait tomber, il lui dit:
-Celui que l'homme tue, Dieu le ressuscite; celui que les fr?res chassent retrouve le P?re. Priez, croyez, entrez dans la vie! le P?re est la.
Quand il redescendit de l'échafaud, il avait quelque chose dans son regard qui fit ranger le peuple. On ne savait ce qui était le plus admirable de sa pâleur ou de sa sérénité. En rentrant a cet humble logis qu'il appelait en souriant son palais, il dit a sa s?ur:
-Je viens d'officier pontificalement.
Comme les choses les plus sublimes sont souvent aussi les choses les moins comprises, il y eut dans la ville des gens qui dirent, en commentant cette conduite de l'év?que: "C'est de l'affectation." Ceci ne fut du reste qu'un propos de salons. Le peuple, qui n'entend pas malice aux actions saintes, fut attendri et admira.
Quant a l'év?que, avoir vu la guillotine fut pour lui un choc, et il fut longtemps a s'en remettre.
L'échafaud, en effet, quand il est la, dressé et debout, a quelque chose qui hallucine. On peut avoir une certaine indifférence sur la peine de mort, ne point se prononcer, dire oui et non, tant qu'on n'a pas vu de ses yeux une guillotine; mais si l'on en rencontre une, la secousse est violente, il faut se décider et prendre parti pour ou contre. Les uns admirent, comme de Maistre; les autres ex?crent, comme Beccaria. La guillotine est la concrétion de la loi; elle se nomme vindicte; elle n'est pas neutre, et ne vous permet pas de rester neutre. Qui l'aperçoit frissonne du plus mystérieux des frissons. Toutes les questions sociales dressent autour de ce couperet leur point d'interrogation. L'échafaud est vision. L'échafaud n'est pas une charpente, l'échafaud n'est pas une machine, l'échafaud n'est pas une mécanique inerte faite de bois, de fer et de cordes. Il semble que ce soit une sorte d'?tre qui a je ne sais quelle sombre initiative; on dirait que cette charpente voit, que cette machine entend, que cette mécanique comprend, que ce bois, ce fer et ces cordes veulent. Dans la r?verie affreuse o? sa présence jette l'âme, l'échafaud apparaît terrible et se m?lant de ce qu'il fait. L'échafaud est le complice du bourreau; il dévore; il mange de la chair, il boit du sang. L'échafaud est une sorte de monstre fabriqué par le juge et par le charpentier, un spectre qui semble vivre d'une esp?ce de vie épouvantable faite de toute la mort qu'il a donnée.
Aussi l'impression fut-elle horrible et profonde; le lendemain de l'exécution et beaucoup de jours encore apr?s, l'év?que parut accablé. La sérénité presque violente du moment fun?bre avait disparu: le fantôme de la justice sociale l'obsédait. Lui qui d'ordinaire revenait de toutes ses actions avec une satisfaction si rayonnante, il semblait qu'il se fît un reproche. Par moments, il se parlait a lui-m?me, et bégayait a demi-voix des monologues lugubres. En voici un que sa s?ur entendit un soir et recueillit:
-Je ne croyais pas que cela f?t si monstrueux. C'est un tort de s'absorber dans la loi divine au point de ne plus s'apercevoir de la loi humaine. La mort n'appartient qu'a Dieu. De quel droit les hommes touchent-ils a cette chose inconnue?
Avec le temps ces impressions s'atténu?rent, et probablement s'effac?rent. Cependant on remarqua que l'év?que évitait désormais de passer sur la place des exécutions. On pouvait appeler M. Myriel a toute heure au chevet des malades et des mourants. Il n'ignorait pas que la était son plus grand devoir et son plus grand travail. Les familles veuves ou orphelines n'avaient pas besoin de le demander, il arrivait de lui-m?me. Il savait s'asseoir et se taire de longues heures aupr?s de l'homme qui avait perdu la femme qu'il aimait, de la m?re qui avait perdu son enfant. Comme il savait le moment de se taire, il savait aussi le moment de parler. Ô admirable consolateur! il ne cherchait pas a effacer la douleur par l'oubli, mais a l'agrandir et a la dignifier par l'espérance. Il disait:
-Prenez garde a la façon dont vous vous tournez vers les morts. Ne songez pas a ce qui pourrit. Regardez fixement. Vous apercevrez la lueur vivante de votre mort bien-aimé au fond du ciel.
Il savait que la croyance est saine. Il cherchait a conseiller et a calmer l'homme désespéré en lui indiquant du doigt l'homme résigné, et a transformer la douleur qui regarde une fosse en lui montrant la douleur qui regarde une étoile.
Les Misérables
Tome I-FANTINE
Livre premier-Un juste
Chapitre I. Monsieur Myriel
En 1815, M. Charles-François-Bienvenu Myriel était év?que de Digne. C'était un vieillard d'environ soixante-quinze ans; il occupait le si?ge de Digne depuis 1806.
Quoique ce détail ne touche en aucune mani?re au fond m?me de ce que nous avons a raconter, il n'est peut-?tre pas inutile, ne f?t-ce que pour ?tre exact en tout, d'indiquer ici les bruits et les propos qui avaient couru sur son compte au moment o? il était arrivé dans le dioc?se. Vrai ou faux, ce qu'on dit des hommes tient souvent autant de place dans leur vie et surtout dans leur destinée que ce qu'ils font. M. Myriel était fils d'un conseiller au parlement d'Aix; noblesse de robe. On contait de lui que son p?re, le réservant pour hériter de sa charge, l'avait marié de fort bonne heure, a dix-huit ou vingt ans, suivant un usage assez répandu dans les familles parlementaires. Charles Myriel, nonobstant ce mariage, avait, disait-on, beaucoup fait parler de lui. Il était bien fait de sa personne, quoique d'assez petite taille, élégant, gracieux, spirituel; toute la premi?re partie de sa vie avait été donnée au monde et aux galanteries. La révolution survint, les événements se précipit?rent, les familles parlementaires décimées, chassées, traquées, se dispers?rent. M. Charles Myriel, d?s les premiers jours de la révolution, émigra en Italie. Sa femme y mourut d'une maladie de poitrine dont elle était atteinte depuis longtemps. Ils n'avaient point d'enfants. Que se passa-t-il ensuite dans la destinée de M. Myriel? L'écroulement de l'ancienne société française, la chute de sa propre famille, les tragiques spectacles de 93, plus effrayants encore peut-?tre pour les émigrés qui les voyaient de loin avec le grossissement de l'épouvante, firent-ils germer en lui des idées de renoncement et de solitude? Fut-il, au milieu d'une de ces distractions et de ces affections qui occupaient sa vie, subitement atteint d'un de ces coups mystérieux et terribles qui viennent quelquefois renverser, en le frappant au c?ur, l'homme que les catastrophes publiques n'ébranleraient pas en le frappant dans son existence et dans sa fortune? Nul n'aurait pu le dire; tout ce qu'on savait, c'est que, lorsqu'il revint d'Italie, il était pr?tre.
En 1804, M. Myriel était curé de Brignolles. Il était déja vieux, et vivait dans une retraite profonde.
Vers l'époque du couronnement, une petite affaire de sa cure, on ne sait plus trop quoi, l'amena a Paris. Entre autres personnes puissantes, il alla solliciter pour ses paroissiens M. le cardinal Fesch. Un jour que l'empereur était venu faire visite a son oncle, le digne curé, qui attendait dans l'antichambre, se trouva sur le passage de sa majesté. Napoléon, se voyant regardé avec une certaine curiosité par ce vieillard, se retourna, et dit brusquement:
-Quel est ce bonhomme qui me regarde?
-Sire, dit M. Myriel, vous regardez un bonhomme, et moi je regarde un grand homme. Chacun de nous peut profiter.
L'empereur, le soir m?me, demanda au cardinal le nom de ce curé, et quelque temps apr?s M. Myriel fut tout surpris d'apprendre qu'il était nommé év?que de Digne.
Qu'y avait-il de vrai, du reste, dans les récits qu'on faisait sur la premi?re partie de la vie de M. Myriel? Personne ne le savait. Peu de familles avaient connu la famille Myriel avant la révolution.
M. Myriel devait subir le sort de tout nouveau venu dans une petite ville o? il y a beaucoup de bouches qui parlent et fort peu de t?tes qui pensent. Il devait le subir, quoiqu'il f?t év?que et parce qu'il était év?que. Mais, apr?s tout, les propos auxquels on m?lait son nom n'étaient peut-?tre que des propos; du bruit, des mots, des paroles; moins que des paroles, des palabres, comme dit l'énergique langue du midi.
Quoi qu'il en f?t, apr?s neuf ans d'épiscopat et de résidence a Digne, tous ces racontages, sujets de conversation qui occupent dans le premier moment les petites villes et les petites gens, étaient tombés dans un oubli profond. Personne n'e?t osé en parler, personne n'e?t m?me osé s'en souvenir.
M. Myriel était arrivé a Digne accompagné d'une vieille fille, mademoiselle Baptistine, qui était sa s?ur et qui avait dix ans de moins que lui.
Ils avaient pour tout domestique une servante du m?me âge que mademoiselle Baptistine, et appelée madame Magloire, laquelle, apr?s avoir été la servante de M. le Curé, prenait maintenant le double titre de femme de chambre de mademoiselle et femme de charge de monseigneur.
Mademoiselle Baptistine était une personne longue, pâle, mince, douce; elle réalisait l'idéal de ce qu'exprime le mot "respectable"; car il semble qu'il soit nécessaire qu'une femme soit m?re pour ?tre vénérable. Elle n'avait jamais été jolie; toute sa vie, qui n'avait été qu'une suite de saintes ?uvres, avait fini par mettre sur elle une sorte de blancheur et de clarté; et, en vieillissant, elle avait gagné ce qu'on pourrait appeler la beauté de la bonté. Ce qui avait été de la maigreur dans sa jeunesse était devenu, dans sa maturité, de la transparence; et cette diaphanéité laissait voir l'ange. C'était une âme plus encore que ce n'était une vierge. Sa personne semblait faite d'ombre; a peine assez de corps pour qu'il y e?t la un sexe; un peu de mati?re contenant une lueur; de grands yeux toujours baissés; un prétexte pour qu'une âme reste sur la terre.
Madame Magloire était une petite vieille, blanche, grasse, repl?te, affairée, toujours haletante, a cause de son activité d'abord, ensuite a cause d'un asthme.
A son arrivée, on installa M. Myriel en son palais épiscopal avec les honneurs voulus par les décrets impériaux qui classent l'év?que immédiatement apr?s le maréchal de camp. Le maire et le président lui firent la premi?re visite, et lui de son côté fit la premi?re visite au général et au préfet.
L'installation terminée, la ville attendit son év?que a l'?uvre.
Chapitre VI. Par qui il faisait garder sa maison
La maison qu'il habitait se composait, nous l'avons dit, d'un rez-de-chaussée et d'un seul étage: trois pi?ces au rez-de-chaussée, trois chambres au premier, au-dessus un grenier. Derri?re la maison, un jardin d'un quart d'arpent. Les deux femmes occupaient le premier. L'év?que logeait en bas. La premi?re pi?ce, qui s'ouvrait sur la rue, lui servait de salle a manger, la deuxi?me de chambre a coucher, et la troisi?me d'oratoire. On ne pouvait sortir de cet oratoire sans passer par la chambre a coucher, et sortir de la chambre a coucher sans passer par la salle a manger. Dans l'oratoire, au fond, il y avait une alcôve fermée, avec un lit pour les cas d'hospitalité. M. l'év?que offrait ce lit aux curés de campagne que des affaires ou les besoins de leur paroisse amenaient a Digne.
La pharmacie de l'hôpital, petit bâtiment ajouté a la maison et pris sur le jardin, avait été transformée en cuisine et en cellier.
Il y avait en outre dans le jardin une étable qui était l'ancienne cuisine de l'hospice et o? l'év?que entretenait deux vaches. Quelle que f?t la quantité de lait qu'elles lui donnassent, il en envoyait invariablement tous les matins la moitié aux malades de l'hôpital.-Je paye ma dîme, disait-il.
Sa chambre était assez grande et assez difficile a chauffer dans la mauvaise saison. Comme le bois est tr?s cher a Digne, il avait imaginé de faire faire dans l'étable a vaches un compartiment fermé d'une cloison en planches. C'était la qu'il passait ses soirées dans les grands froids. Il appelait cela son salon d'hiver.
Il n'y avait dans ce salon d'hiver, comme dans la salle a manger, d'autres meubles qu'une table de bois blanc, carrée, et quatre chaises de paille. La salle a manger était ornée en outre d'un vieux buffet peint en rose a la détrempe. Du buffet pareil, convenablement habillé de napperons blancs et de fausses dentelles, l'év?que avait fait l'autel qui décorait son oratoire.
Ses pénitentes riches et les saintes femmes de Digne s'étaient souvent cotisées pour faire les frais d'un bel autel neuf a l'oratoire de monseigneur; il avait chaque fois pris l'argent et l'avait donné aux pauvres.
-Le plus beau des autels, disait-il, c'est l'âme d'un malheureux consolé qui remercie Dieu.
Il avait dans son oratoire deux chaises prie-Dieu en paille, et un fauteuil a bras également en paille dans sa chambre a coucher. Quand par hasard il recevait sept ou huit personnes a la fois, le préfet, ou le général, ou l'état-major du régiment en garnison, ou quelques él?ves du petit séminaire, on était obligé d'aller chercher dans l'étable les chaises du salon d'hiver, dans l'oratoire les prie-Dieu, et le fauteuil dans la chambre a coucher; de cette façon, on pouvait réunir jusqu'a onze si?ges pour les visiteurs. A chaque nouvelle visite on démeublait une pi?ce.
Il arrivait parfois qu'on était douze; alors l'év?que dissimulait l'embarras de la situation en se tenant debout devant la cheminée si c'était l'hiver, ou en proposant un tour dans le jardin si c'était l'été.
Il y avait bien encore dans l'alcôve fermée une chaise, mais elle était a demi dépaillée et ne portait que sur trois pieds, ce qui faisait qu'elle ne pouvait servir qu'appuyée contre le mur. Mademoiselle Baptistine avait bien aussi dans sa chambre une tr?s grande berg?re en bois jadis doré et rev?tue de pékin a fleurs, mais on avait été obligé de monter cette berg?re au premier par la fen?tre, l'escalier étant trop étroit; elle ne pouvait donc pas compter parmi les en-cas du mobilier.
L'ambition de mademoiselle Baptistine e?t été de pouvoir acheter un meuble de salon en velours d'Utrecht jaune a rosaces et en acajou a cou de cygne, avec canapé. Mais cela e?t co?té au moins cinq cents francs, et, ayant vu qu'elle n'avait réussi a économiser pour cet objet que quarante-deux francs dix sous en cinq ans, elle avait fini par y renoncer. D'ailleurs qui est-ce qui atteint son idéal?
Rien de plus simple a se figurer que la chambre a coucher de l'év?que. Une porte-fen?tre donnant sur le jardin, vis-a-vis le lit; un lit d'hôpital, en fer avec baldaquin de serge verte; dans l'ombre du lit, derri?re un rideau, les ustensiles de toilette trahissant encore les anciennes habitudes élégantes de l'homme du monde; deux portes, l'une pr?s de la cheminée, donnant dans l'oratoire; l'autre, pr?s de la biblioth?que, donnant dans la salle a manger; la biblioth?que, grande armoire vitrée pleine de livres; la cheminée, de bois peint en marbre, habituellement sans feu; dans la cheminée, une paire de chenets en fer ornés de deux vases a guirlandes et cannelures jadis argentés a l'argent haché, ce qui était un genre de luxe épiscopal; au-dessus, a l'endroit o? d'ordinaire on met la glace, un crucifix de cuivre désargenté fixé sur un velours noir râpé dans un cadre de bois dédoré. Pr?s de la porte-fen?tre, une grande table avec un encrier, chargée de papiers confus et de gros volumes. Devant la table, le fauteuil de paille. Devant le lit, un prie-Dieu, emprunté a l'oratoire.
Deux portraits dans des cadres ovales étaient accrochés au mur des deux côtés du lit. De petites inscriptions dorées sur le fond neutre de la toile a côté des figures indiquaient que les portraits représentaient, l'un, l'abbé de Chaliot, év?que de Saint-Claude, l'autre, l'abbé Tourteau, vicaire général d'Agde, abbé de Grand-Champ, ordre de Cîteaux, dioc?se de Chartres. L'év?que, en succédant dans cette chambre aux malades de l'hôpital, y avait trouvé ces portraits et les y avait laissés. C'étaient des pr?tres, probablement des donateurs: deux motifs pour qu'il les respectât. Tout ce qu'il savait de ces deux personnages, c'est qu'ils avaient été nommés par le roi, l'un a son év?ché, l'autre a son bénéfice, le m?me jour, le 27 avril 1785. Madame Magloire ayant décroché les tableaux pour en secouer la poussi?re, l'év?que avait trouvé cette particularité écrite d'une encre blanchâtre sur un petit carré de papier jauni par le temps, collé avec quatre pains a cacheter derri?re le portrait de l'abbé de Grand-Champ.
Il avait a sa fen?tre un antique rideau de grosse étoffe de laine qui finit par devenir tellement vieux que, pour éviter la dépense d'un neuf, madame Magloire fut obligée de faire une grande couture au beau milieu. Cette couture dessinait une croix. L'év?que le faisait souvent remarquer.
-Comme cela fait bien! disait-il.
Toutes les chambres de la maison, au rez-de-chaussée ainsi qu'au premier, sans exception, étaient blanchies au lait de chaux, ce qui est une mode de caserne et d'hôpital.
Cependant, dans les derni?res années, madame Magloire retrouva, comme on le verra plus loin, sous le papier badigeonné, des peintures qui ornaient l'appartement de mademoiselle Baptistine. Avant d'?tre l'hôpital, cette maison avait été le parloir aux bourgeois. De la cette décoration. Les chambres étaient pavées de briques rouges qu'on lavait toutes les semaines, avec des nattes de paille tressée devant tous les lits. Du reste, ce logis, tenu par deux femmes, était du haut en bas d'une propreté exquise. C'était le seul luxe que l'év?que permit. Il disait:
-Cela ne prend rien aux pauvres.
Il faut convenir cependant qu'il lui restait de ce qu'il avait possédé jadis six couverts d'argent et une grande cuiller a soupe que madame Magloire regardait tous les jours avec bonheur reluire splendidement sur la grosse nappe de toile blanche. Et comme nous peignons ici l'év?que de Digne tel qu'il était, nous devons ajouter qu'il lui était arrivé plus d'une fois de dire:
-Je renoncerais difficilement a manger dans de l'argenterie.
Il faut ajouter a cette argenterie deux gros flambeaux d'argent massif qui lui venaient de l'héritage d'une grand'tante. Ces flambeaux portaient deux bougies de cire et figuraient habituellement sur la cheminée de l'év?que. Quand il avait quelqu'un a dîner, madame Magloire allumait les deux bougies et mettait les deux flambeaux sur la table.
Il y avait dans la chambre m?me de l'év?que, a la t?te de son lit, un petit placard dans lequel madame Magloire serrait chaque soir les six couverts d'argent et la grande cuiller. Il faut dire qu'on n'en ôtait jamais la clef.
Le jardin, un peu gâté par les constructions assez laides dont nous avons parlé, se composait de quatre allées en croix rayonnant autour d'un puisard; une autre allée faisait tout le tour du jardin et cheminait le long du mur blanc dont il était enclos. Ces allées laissaient entre elles quatre carrés bordés de buis. Dans trois, madame Magloire cultivait des légumes; dans le quatri?me, l'év?que avait mis des fleurs. Il y avait ça et la quelques arbres fruitiers.
Une fois madame Magloire lui avait dit avec une sorte de malice douce:
-Monseigneur, vous qui tirez parti de tout, voila pourtant un carré inutile. Il vaudrait mieux avoir la des salades que des bouquets.
-Madame Magloire, répondit l'év?que, vous vous trompez. Le beau est aussi utile que l'utile.
Il ajouta apr?s un silence:
-Plus peut-?tre.
Ce carré, composé de trois ou quatre plates-bandes, occupait M. l'év?que presque autant que ses livres. Il y passait volontiers une heure ou deux, coupant, sarclant, et piquant ça et la des trous en terre o? il mettait des graines. Il n'était pas aussi hostile aux insectes qu'un jardinier l'e?t voulu. Du reste, aucune prétention a la botanique; il ignorait les groupes et le solidisme; il ne cherchait pas le moins du monde a décider entre Tournefort et la méthode naturelle; il ne prenait parti ni pour les utricules contre les cotylédons, ni pour Jussieu contre Linné. Il n'étudiait pas les plantes; il aimait les fleurs. Il respectait beaucoup les savants, il respectait encore plus les ignorants, et, sans jamais manquer a ces deux respects, il arrosait ses plates-bandes chaque soir d'été avec un arrosoir de fer-blanc peint en vert.
La maison n'avait pas une porte qui fermât a clef. La porte de la salle a manger qui, nous l'avons dit, donnait de plain-pied sur la place de la cathédrale, était jadis armée de serrures et de verrous comme une porte de prison. L'év?que avait fait ôter toutes ces ferrures, et cette porte, la nuit comme le jour, n'était fermée qu'au loquet. Le premier passant venu, a quelque heure que ce f?t, n'avait qu'a la pousser. Dans les commencements, les deux femmes avaient été fort tourmentées de cette porte jamais close; mais M. de Digne leur avait dit:
-Faites mettre des verrous a vos chambres, si cela vous plaît.
Elles avaient fini par partager sa confiance ou du moins par faire comme si elles la partageaient. Madame Magloire seule avait de temps en temps des frayeurs. Pour ce qui est de l'év?que, on peut trouver sa pensée expliquée ou du moins indiquée dans ces trois lignes écrites par lui sur la marge d'une bible: "Voici la nuance: la porte du médecin ne doit jamais ?tre fermée; la porte du pr?tre doit toujours ?tre ouverte." Sur un autre livre, intitulé Philosophie de la science médicale, il avait écrit cette autre note: "Est-ce que je ne suis pas médecin comme eux? Moi aussi j'ai mes malades; d'abord j'ai les leurs, qu'ils appellent les malades; et puis j'ai les miens, que j'appelle les malheureux."
Ailleurs encore il avait écrit: "Ne demandez pas son nom a qui vous demande un gîte. C'est surtout celui-la que son nom embarrasse qui a besoin d'asile."
Il advint qu'un digne curé, je ne sais plus si c'était le curé de Couloubroux ou le curé de Pompierry, s'avisa de lui demander un jour, probablement a l'instigation de madame Magloire, si Monseigneur était bien s?r de ne pas commettre jusqu'a un certain point une imprudence en laissant jour et nuit sa porte ouverte a la disposition de qui voulait entrer, et s'il ne craignait pas enfin qu'il n'arrivât quelque malheur dans une maison si peu gardée. L'év?que lui toucha l'épaule avec une gravité douce et lui dit:-Nisi Dominus custodierit domum, in vanum vigilant qui custodiunt eam.
Puis il parla d'autre chose.
Il disait assez volontiers:
-Il y a la bravoure du pr?tre comme il y a la bravoure du colonel de dragons. Seulement, ajoutait-il, la nôtre doit ?tre tranquille.
III. Dobremu biskupowi ciężkie biskupstwo.
Chociaż ksiądz Biskup zamienił powóz na jałmużny, niemniej jednak odbywał objazdy. Uciążliwa ta djecezja w D. Mało równin, wiele gór, dróg prawie żadnych; trzydzieści dwa probostwa, czterdzieści jeden wikarjatów i dwieście ośmdziesiąt pięć filij i kaplic. Zwiedzić to wszystko - niełatwa sprawa. Ksiądz biskup sobie poradził. Szedł piechotą, jeśli probostwo było w sąsiedztwie, jechał na wózku, gdy było na równinie, na grzbiecie muła - jeśli w górach. Dwie stare kobiety towarzyszyły mu. Gdy droga zbyt je nużyła, szedł sam.
Pewnego dnia wjechał na osiołku do Senez, dawnego miasta biskupiego. W kieszeni nie miał ani grosza i nie mógł sobie pozwolić wygodniejszej jazdy. Mer miasta przyjął go u drzwi biskupstwa, zgorszony wielce, że siedział na ośle. Kilku mieszczan śmiało mu się w oczy. - Panie merze - rzekł biskup - i panowie mieszczanie, widzę co was gorszy; wydaje się wam wielką pychą w biednym księdzu, że siedzi na bydlątku, na którem jeździł sam Jezus Chrystus. Uspokójcie się; nie z próżności, ale z koniecznej potrzeby to czynię.
Zwiedzając djecezję, był pobłażliwy i łagodny, więcej rozmawiał niż prawił kazania. Rozumowań i przykładów nie szukał daleko. Mieszkańcom jednego kraju stawiał za wzór kraj sąsiedni. W kantonach, gdzie byli nieużyci dla ubogich, mawiał: - Spójrzcie na ludzi w Briançon. Pozwolili ubogim, wdowom i sierotom kosić swe łąki trzy dni wcześniej niż inni. Bezpłatnie naprawiają im walące się domostwa. Bóg też błogosławi temu krajowi. Przez całe sto lat nie było tam ani jednego zabójcy.
Tam, gdzie byli chciwi zysków i zbiorów, mawiał: - Patrzcie na mieszkańców Embrun. Jeżeli ojciec rodziny, w czasie żniwa, ma synów na służbie w armji, a córki na służbie w mieście, a przytem jest chory, proboszcz na kazaniu poleca go pamięci parafjan; i zaraz w niedzielę po mszy wszyscy mieszkańcy wioski, mężowie, kobiety, dzieci biegną na pole biedaka, żną jego zboże i znoszą ziarno i słomę do jego stodoły.
Do rodzin, kłócących się o pieniądze i spadki, mawiał: - Patrzcie na górali Devolny, kraju tak dzikiego, że przez pięćdziesiąt lat nie usłyszysz tam ani razu słowika. A jednak, kiedy ojciec umiera w rodzinie, chłopcy rozchodzą się po świecie szukać zarobku, a dziewczętom zostawiają mienie, żeby mogły znaleźć mężów.
W kantonach, gdzie lubią pieniać się i tracić pieniądze na stemple, mawiał: - Przypatrzcie się poczciwym wieśniakom doliny Queyras. Jest ich tam ze trzy tysiące. Miły Boże! a to jakby mała rzeczpospolita. Nie znają ani sędziego, ani woźnego. Mer załatwia wszystko. Rozdziela podatki według sumienia, bezpłatnie rozstrzyga spory, bez honorarjum dzieli ojcowizny, wydaje wyroki bez kosztów - i każdy go słucha. bo to człowiek sprawiedliwy między ludźmi prostymi.
W wioskach, gdzie nie było nauczyciela, przy taczał także przykład mieszkańców Queyras: - Czy wiecie jak sobie radzą? mówił. Ponieważ kraik o dwunastu lub piętnastu dymach, nie ma z czego stałe utrzymać profesora, mają nauczycieli zapłaconych dla całej doliny; ci przebiegają wioski: tu zabawią tydzień, tam dwa tygodnie, i uczą. Nauczyciele tacy chodzą na jarmarki, i tam ich widziałem. Poznacie ich po piórach gęsich, zatkniętych za taśmą kapelusza. Ci, co uczą czytać, mają jedno pióro; którzy uczą czytać i rachować, mają dwa pióra; którzy uczą czytać, rachować i łaciny, mają trzy pióra. Ostatni są wielce uczeni. Ale też co za wstyd być nieukiem! Czyńcież jak mieszkańcy Queyras.
Tak mówił poważnie, po ojcowsku, w braku przykładów zmyślał przypowieści, które w kilku słowach a wielu obrazach zmierzały prosto do celu: taką to wymową sam Chrystus Pan przekonywał i pociągał.
II. Pan Myriel zostaje monsignorem Benvenuto.
Około pałacu biskupiego był szpital. Pałac biskupi był to piękny i rozległy gmach, zbudowany na początku zeszłego stulecia przez monsignora Henryka Puget, doktora teologji fakultetu paryzkiego, opata w Simore i biskupa w D. 1712 r. Pałac ten był prawdziwie pańskiem mieszkaniem. Wszystko było świetne, wspaniałe, pokoje biskupie, salony, izby gościnne, wielka sala do przyjęcia z galerjami na arkadach, według dawnej mody florenckiej, ogrody zasadzone przepysznemi drzewami. W sali jadalnej, długiej i rozległej galerji na dole, z drzwiami na ogrody, monsignor Henryk Puget wyprawił ceremonjalną ucztę 29 lipca 1714 r. dla monsignorów Karola Br?lart de Genlis, arcybiskupa księcia d'Embrun, Antoniego Mesgrigny kapucyna, biskupa Grasse, Filipa Vendônie, wielkiego przeora Francji, opata z St. Honoré de Lerins, Franciszka de Berton de Grillon, biskupa barona Vence, Cezara Sabrau de Forcalquier, biskupa pana w Glandeve i Jana Soanen, kapłana Oratorji, kaznodziei królewskiego, biskupa pana w Senez; portrety tych siedmiu szanownych osób ozdabiały salę, a pamiętna data 23 lipca 1714 r. wyrytą była złotem i literami na białej tablicy marmurowej.
Szpital był domem wązkim i nizkim, o jednem piętrze, z małym ogródkiem.
We trzy dni po przyjeździe biskup zwiedził szpital. Po skończonej wizycie kazał prosić nadzorcę, aby raczył przyjść do niego.
- Panie dyrektorze szpitala, - zapytał - ilu w tej chwili macie chorych?
- Dwudziestu sześciu, Eminencjo.
- Tylu właśnie naliczyłem - zauważył biskup.
- Łóżka - dodał nadzorca - stoją bardzo blizko jedne przy drugich.
- To właśnie mnie uderzyło.
- Sale są właściwie izbami, i bardzo trudno odświeża się w nich powietrze.
- Tak właśnie i mnie się zdaje.
- A przytem, gdy cieplejszy promyk słońca zaświeci, ogród jest zamały dla rekonwalescentów.
- To właśnie sobie mówiłem.
- Z chorób epidemicznych mieliśmy w tym roku tyfus, a przed dwoma laty petocie; zdarza się po stu chorych i nie wiedzieć, co z niemi robić.
- Ta właśnie myśl mi przyszła.
- Cóż robić Eminencjo: trzeba się poddać losowi.
Rozmowa toczyła się w wielkiej sali jadalnej, owej wspaniałej galerji na dole.
Biskup milczał przez chwilę, potem nagle obrócił się do nadzorcy szpitala:
- A jak pan sądzisz, - rzekł - ile pomieściłoby się łóżek choćby tylko w tej sali?
- W sali jadalnej waszej Eminencji! - zawołał osłupiały nadzorca.
Biskup rzucił oczyma po sali i zdawał się mierzyć i rachować.
- Pomieściłoby się najmniej dwadzieścia łóżek! - rzekł zcicha, jakby do siebie mówił i, podnosząc głos, dodał:
- Wiesz co, panie dyrektorze: widocznie zaszła pomyłka. Macie dwadzieścia sześć osób w pięciu czy sześciu izdebkach. Nas tu jest troje, a mamy miejsca na sześćdziesiąt; widoczna pomyłka, powiadam panu; zabierz to mieszkanie, a ja zajmę wasze. Oddaj mi pan mój dom, to właściwie jest wasze mieszkanie.
Nazajutrz dwudziestu sześciu biednych chorych przeniosło się do biskupiego pałacu, a biskup zamieszkał w szpitalu.
P. Myriel nie miał majątku; rodzina jego wszystko straciła podczas rewolucji. Siostra miała dożywocia pięćset franków rocznie, co wystarczało na jej osobiste wydatki. P. Myriel brał ze skarbu, jako biskup, piętnaście tysięcy franków rocznej pensji. Tegoż dnia, w którym zajął mieszkanie w szpitalu, p. Myriel oznaczył raz na zawsze, w jaki sposób używaną być ma ta suma. Przepisujemy tu jego własnoręczną notę.
Nota urządzająca wydatki mojego domu:
Na szkółkę duchowną
tysiąc pięcet fr.
Dla Kongregacji misji
sto fr.
Dla Misjonarzy w Montdider
sto fr.
Dla Seminarium misji zagranicznych
w Paryżu
dwieście fr.
Dla Kongregacji St. Ducha
sto pięćdziesiąt fr.
Dla Zakładów religijnych w Ziemi Św.
sto fr.
Dla Towarzystwa miłosierdzia macierzyńskiego
trzysta fr.
Dla Towarzystwa takiegoż miłosierdzia
w Arles
pięćdziesiąt fr.
Na ulepszenia więzień
czterysta fr.
Dla ulgi i wyswobodzenia więźniów
pięćset fr.
Dla wyswobodzenia ojców rodzin uwięzionych
za długi
tysiąc fr.
Na dodatek do pensji biednych bakałarzy
diecezjalnych
dwa tysiące fr.
Na spichrze zapasowe w górnych Alpach
sto fr.
Dla stowarzyszenia dam w D. w Mouosqne i
Sisteron, nauczających bezpłatnie
ubogie dziewczęta
tysiąc pięćset fr.
Dla biednych
sześć tysięcy fr.
Na moje wydatki osobiste
tysiąc fr.
Razem
piętnaście tysięcy fr.
Przez cały czas zajmowania stolicy biskupiej w D., p. Myriel w niczem nie zmienił tego rozporządzenia. Nazywał je, jak widzimy, urządzeniem wydatków swojego domu.
Urządzenie to przyjęła z bezwarunkową uległością panna Baptysta. Dla tej świętej dziewicy, monsignor w D. był zarazem jej bratem i jej biskupem, jej przyjacielem z praw a natury i zwierzchnikiem według kościoła. Kochała go i czciła z całą prostotą. Gdy mówił, schylała głowę, gdy co czynił, przystawała bezwzględnie, Tylko służąca, pani Maglora, szemrała nieco. Ksiądz biskup zostawił sobie tylko tysiąc franków, co wraz z pensją panny Baptysty wynosiło razem tysiąc pięćset franków rocznie. Z tych tysiąca pięciuset franków utrzymywały się dwie stare kobiety i jeden starzec.
A gdy który proboszcz przyjechał do D., ksiądz biskup mógł go jeszcze ugościć, dzięki oszczędności pani Maglory i rozumnemu zarządowi panny Baptysty.
Pewnego dnia - po trzechmiesięcznym pobycie w D. - rzekł biskup:
- Z tem wszystkiem czuję nieco niedostatek!
- Spodziewam się! - zawołała pani Maglora - Wasza Eminencja nie upominał się nawet w departamencie o pensję na koszta utrzymania powozu w mieście i na objazdy po dyecezji.
- Doprawdy, masz słuszność, pani Magloro - rzekł biskup.
I niebawem wysłał żądanie.
Wkrótce potem rada główna, wziąwszy pod rozwagę to żądanie, zagłosowała dla biskupa roczną sumę trzy tysiące franków pod taką rubryką: Dodatek dla Księdza Biskupa na koszta powozu, poczty i objazdów pasterskich.
Narobiło to hałasu między mieszczaństwem okolicznem, a pewien senator cesarstwa, były członek Rady Pięciuset, za sprzyjanie 18-mu Brumaire uposażony intratnem senatorstwem w mieście D., napisał z tego powodu do ministra wyznań p. Bigot de Préameneu liścik poufny a gniewny, z którego przytaczamy następujący autentyczny wyjątek: - "Koszta na powóz? na co powóz w mieście, nie mającem czterech tysięcy mieszkańców? Koszta objazdów? a najprzód po co te objazdy? dalej, jak można jeździć pocztą w kraju górzystym? Niema dróg. Jeżdżą tylko konno. Nawet most z Durance do Chateau-Arnoux ledwie unieść może wozy, zaprzężone wołami. Ci księża wszyscy są tacy: chciwi i skąpi. Ten np. z początku udawał "dobrego pasterza"; a teraz zrobił się jak inni. Zachciało mu się powozów i poczty, zachciało mu się przepychu jak dawnym biskupom. Ach, te klechy! Panie hrabio, dopóty nie będzie dobrze, aż cesarz nie uwolni nas od nich. Precz z Papieżem! (Wówczas wikłały się sprawy z Rzymem). Co do mnie, jestem za samym Cezarem i t. d. i t. d.".
Za to pani Malgora wielce się uradowała. - "No - rzekła do panny Babtysty - jego Eminencya zaczął od innych, słusznie, żeby skończył na sobie. Urządził wszystkie swoje uczynki miłosierne. Teraz trzy tysiące franków dla nas. Przecie!"
Tegoż wieczora biskup napisał i oddał swej siostrze następującą notę:
Koszta powozu i objazdów.
Na rosół i mięso dla chorych szpitala.
tysiąc pięcet fr.
Dla towarzystwa miłosierdzia macierzyńskiego
w Aix
dwieście pięćdziesiąt fr.
Dla towarzystwa miłosierdzia macierzyńskiego
w Draguignan
dwieście pięćdziesiąt fr.
Dla podrzutków
pięćset fr.
Dla sierot
pięćset fr.
Razem
trzy tysiące fr.
Taki był budżet pana Myriel.
Co do dochodów kościelnych, indultów, dyspens, chrztów, kazań, błogosławieństw kościołów i kaplic, ślubów i t. p. biskup tem skwapliwiej brał d ary od bogatych, że wszystko oddawał biednym.
Wkrótce obficie zaczęły wpływać ofiary pieniężne. Wszyscy, i ci co mieli, i ci co nie mieli, stukali do drzwi p. Myriel, jedni złożyć datek, drudzy wziąć wsparcie. Nie upłynęło roku, a biskup stał się skarbnikiem wszystkich dobrodziejstw i kasjerem wszystkich nieszczęśliwych. Znaczne sumy przechodziły przez jego ręce, nic jednak nie skłoniło go do zmiany sposobu życia i dodania nieco zbytku do potrzeb koniecznych.
Owszem, ponieważ zawsze więcej jest nędzy na dole niż braterstwa w górze, wszystko się rozchodziło wprzód prawie, nim otrzymane zostało; była to jakby woda wylana na suchą ziemię; chociaż ciągle brał pieniądze, nigdy ich nie miał. Wówczas odejmował sobie.
Jest we zwyczaju, że biskupi podpisują chrzestnem imieniem swe listy pasterskie: biedni mieszkańcy kraju, wiedzeni instynktem serdecznym, wybrali z imion biskupa to, którego zrozumieli znaczenie i nie inaczej go nazywali, jak monsignorem Benvenuto. Pójdziemy za ich przykładem i przy sposobności tak samo go nazywać będziemy. Zresztą imię to i jemu się podobało. - Lubię to imię, mawiał: Benvenuto wynagradza za monsignora.
Nie myślimy utrzymywać, że portret przez nas skreślony jest prawdopodobnym; zapewniamy tylko, że jest podobny do oryginału.
V. Monsignor Benvenuto za długo nosi swoje sutanny.
W życiu prywatnem p. Myriel przebijała się ta sama myśl, co i w życiu publicznem. Kto miał sposobność przypatrzeć mu się zbliska, podziwiał i wielbił dobrowolne ubóstwo, w którem żył ksiądz biskup D.
Jak wszyscy starcy i wielu myślicieli, sypiał mało. Krótki ten sen był głęboki. Rano rozmyślał z godzinę, następnie odprawiał mszę w katedralnym kościele lub domu. Po mszy jadł śniadanie, składające się z chleba żytniego i mleka od własnych krów. Później pracował.
Biskup ma wiele zajęcia; codziennie przyjmować musi sekretarza djecezji, zwykle kanonika i prawie codziennie wikarjuszy jeneralnych. Kontroluje zgromadzenia, daje przywileje, przegląda całą księgarnię duchowną, parafjalną, katechizmy djecezjalne, książki do nabożeństwa i t. p.; pisze listy pasterskie, upoważnia do kazań i słuchania spowiedzi, godzi proboszczów z merami, prowadzi korespondencję kościelną, korespondencję admistracyjną, to z rządem, to ze Stolicą Apostolską: tysiące spraw.
Czas pozostały od tych tysiąca spraw, od brewiarza i obrządków kościelnych, poświęcał najprzód ubogim, chorym i zasmuconym; czas, który mu zostawili ubodzy, zasmuceni i chorzy, oddawał pracy. To kopał w ogrodzie, to czytał i pisał. Dwa te rodzaje pracy nazywał jednym wyrazem: mówił, iż bawi się ogrodem. "Umysł jest ogrodem" - dodawał.
Około południa, gdy czas był piękny, wychodził na przechadzkę w pole, lub do miasta, często zachodząc do lepianek. Zwykle szedł sam, zamyślony, ze spuszczonem i oczyma, wsparty na długiej lasce, odziany ciepłym paledranem watowanym fioletowego koloru, w fioletowych pończochach, grubych trzewikach i w płaskim kapeluszu trójgraniastym z trzema sutemi kutasami. Radość była wielka wszędy, gdzie się ukazał. Rzekłbyś, że jego przejście miało w sobie coś rozgrzewającego i oświecającego. Dzieci i chorzy wychodzili przed progi domów do biskupa jak do słońca. Błogosławił i jemu błogosławiono. Wskazywano jego dom, gdy ktokolwiek potrzebował czego.
Tu i owdzie zatrzymał się, mówił do chłopców i dzieweczek, uśmiechał się do matek. Nawiedzał biednych, dopóki miał pieniądze, gdy mu ich zbrakło, odwiedzał bogatych.
Ponieważ nosił sutanny przez czas bardzo długi, a nie chciał, żeby to było widoczne, wychodząc na miasto zwykle kładł na wierzch fioletowy paledran. Podczas lata było mu trochę niewygodnie.
Powróciwszy, jadł obiad. Obiad podobny był do śniadania.
Wieczorem o wpół do dziewiątej wieczerzał z siostrą, pani Maglora usługiwała do stołu. Nic skromniejszego nad ten posiłek. Jeżeli jednak biskup miał na kolacji którego z proboszczów, pani Maglora nie omieszkała postawić na stole Jego Eminencji wyborną rybę jeziora, lub delikatną zwierzynę gór. Kiedy proboszcz był dobrym pozorem do wybornej wieczerzy, biskup pozwalał na wszystko. Wyjąwszy jednak takie nadzwyczajne wypadki, na kolację dawano zwykle same jarzyny na wodzie, lub zupę na oliwie. Mówiono też na mieście: - Kiedy biskup nie je po proboszczowsku, jada jak trapista.
Po wieczerzy rozmawiał z pół godziny z panną Baptystą i panią Maglorą; później wracał do pokoju swojego i zasiadał do pisania, to na ćwiartkach, to na marginesie jakiego voluminu. Był wszechstronnie ukształconym i trochę uczonym. Pozostawił pięć czy sześć rękopismów dość ciekawych; między innemi rozprawę nad wierszem Genezy: Na początku duch Boży unosił się nad wodami. Porównywa z tym wierszem trzy teksty: wiersz arabski mówiący: Wiatry Boże wiały; - wersję Józefa Flawjusza: Wiatr z góry rzucał się na ziemię i nakoniec parafrazę chaldejską Onkelos: Wiatr pochodzący od Boga wiał na powicierzchnię wód.
W innej rozprawie rozbiera dzieła teologiczne Huga, biskupa Ptolemaidy, pradziada autora tej książki, i utrzymuje, że temu biskupowi należy przypisać różne dziełka, ogłoszone w zeszłym wieku pod pseudonymem Barlezcourta.
Niekiedy, czytając jaką książkę, wpadał nagle w głęboką zadumę i ocknąwszy się, pisał kilka wierszy na kartach. Wiersze te często nie miały żadnego związku z treścią książki. Mamy przed sobą notę, którą napisał na marginesie książki in quarto pod tytułem: Korespondencja lorda Germain z jenerałami Clinton, Cornwalis i admirałami stacji amerykańskiej. Wersal u Poinsot księgarza i Paryż u Pissot księgarza, ulica Augustjańska.
Oto jest ta nota:
"O ty, który jesteś!
"Ekklezjastes nazywa Cię Wszechmocą, księgi Machabeuszów nazywają Cię Stwórcą, list do Efezów nazywa Cię Wolnością. Baruch nazywa Cię Nieskończonością, Psalmy nazywają Cię Mądrością i Prawdą, Jan nazywa Światłością, Księgi Królów Panem, Księga Wyjścia Opatrznością, Księga Kapłańska Świętością, Esdrasz Sprawiedliwością, stworzenie nazywa Cię Bogiem. człowiek nazywa Cię Ojcem, ale Salomon nazywa Cię Miłosierdziem, i to jest najpiękniejsze ze wszystkich nazwisk Twoich".
Około dziewiątej wieczór dwie kobiety odchodziły do swoich pokojów na pierwszem piętrze i zostawiały go samego na dole.
Tu wypada nam dać dokładne wyobrażenie o mieszkaniu księdza biskupa D.
IV. Czyny zgodne ze słowami.
W rozmowie był przystępny i wesoły. Stosował się do pojęcia starych kobiet, które przy nim żyły; a gdy się śmiał, był to śmiech szczery i serdeczny.
Pani Maglora zwykle nazywała go Waszą wysokością. Pewnego razu, powstawszy z krzesła, szedł do bibljoteki szukać książki. Książka leżała na jednej z wyższych półek. Biskup, nizkiego wzrostu, nie mógł do niej dostać. - Pani Maglora - rzekł - podaj mi krzesło z łaski swojej. Moja wysokość nie sięga do tej deski.
Jedna z dalekich jego krewnych, hrabina Lô. lubiła w obecności jego wyliczać to, co nazywała nadziejami swoich trzech synów. Miała wielu blizkich krewnych podeszłego wieku, których spadkobiercami byli jej synowie. Najmłodszy miał odziedziczyć po babce sto okrągłych tysięcy franków rocznego dochodu; drugi po stryju otrzymywał tytuł księcia: najstarszy miał być parem po swym dziadzie. Biskup zwykle w milczeniu słuchał tych niewinnych przechwałek macierzyńskich. Ale jednego razu zdawał się bardziej zamyślonym niż zwykle, podczas gdy pani Lô rozpowiadała mu szeroko o tych sukcesjach i swoich nadziejach. Spostrzegłszy jego roztargnienie, zapytała zniecierpliwiona: - Ależ, mój kuzynie, o czem tak myślisz? - Myślę, odpowiedział biskup - o pewnej osobliwej rzeczy, którą, jeśli się nie mylę, znajdziesz w Świętym Augustynie: "Nadzieje swoje pokładajcie w tym, po którym nikt nie jest spadkobiercą".
Innym razem, gdy był zaproszony na pogrzeb jednego szlachcica, patrząc na wystawę, prócz godności nieboszczyka, wszelkich tytułów feudalnych i szlacheckich jego krewniaków, zawołał: - Ależ to potężny tłomok kładą na grzbiet śmierci! Każą jej wesoło dźwigać taki ciężar tytułów. Doprawdy, trzeba mieć wiele dowcipu, aby tak zużytkować grób dla próżności!
Lubił przy sposobności łagodnie żartować, ale żart jego prawie zawsze ukrywał myśl poważną. W czasie postu, pewien młody wikary przyjechał do D. i miewał kazania w katedrze. Był dość wymowny. Zwykle kazał o uczynkach miłosiernych. Upominał bogatych, aby pomagali biednym, jeśli chcą uniknąć piekła, które wystawiał okropnie, i dostać się do nieba, którego rozkosze ponętnie malował. Między słuchaczami był pewien kupiec bogaty, nieco lichwiarz, nazwiskiem Geborand, który zarobił kilka milionów na wyrabianiu grubych sukien, samodziałów i sukman wieśniaczych. Przez całe życie swoje p. Geborand nie dał jałmużny żadnemu biedakowi. Ale po owem kazaniu zauważono, że co niedziela dawał trzy grosze starym żebraczkom, siedzącym u drzwi katedralnego kościoła. Było ich sześć do podziału. Razu jednego biskup zobaczył, jak p. Geborand dawał jałmużnę i rzekł do siostry z uśmiechem: - Patzraj. p. Geborand kupuje sobie trochę nieba za trzy grosze.
Gdy chodziło o uczynki miłosierne, nie zrażała go żadna odmowa. Przemawiał wówczas słowy, które niejednego wprawiały w głęboką zadumę. Razu pewnego kwestował na biednych w salonie bogatego mieszczanina: był tam wówczas margrabia Champtercier, stary, bogaty, skąpy, zarazem ultra-rojalista i ultra-wolterjanin. Takie sprzeczności zdarzały się. Biskup uderzył go po ramieniu i rzekł: - Panie margrabio, musisz mi dać cokolwiek.
Margrabia odwrócił się i sucho odpowiedział: - Nie, Eminencjo, mam swoich biednych. - Daj mi ich: - rzekł biskup.
Innego dnia miał takie kazanie w kosciele katedralnym:
"Kochani bracia moi i przyjaciele, jest we Francji miljon trzykroć sto dwadzieścia tysięcy domów włościańskich, które mają tylko po trzy otwory; jest miljon ośmset siedmnaście tysięcy takich, które mają po dwa otwory, to jest okno jedno i drzwi, i wreszcie trzysta czterdzieści sześć tysięcy chałup, w których jest tylko jeden otwór, to jest drzwi. A to z powodu pewnej okoliczności, którą nazywają podatkiem od drzwi i okien. Osadźcie w takich chatach biedne rodziny, stare kobiety i drobne dziatki, - ileż to będzie gorączek i chorób! Niestety! Bóg daje ludziom powietrze, prawo je sprzedaje. Nie oskarżam prawa, ale i błogosławię Bogu. W Is?re, w Var, w Alpach górnych i dolnych, wieśniacy nie mają nawet taczek: nawóz przenoszą na własnych plecach, nie mają świec, palą, łuczywa i postronki, umoczone w żywicy. Toż samo jest w całym Delfinacie górzystym. Pieką chleb na pół roku na ogniu z wysuszonego gnoju krowiego. W zimie rąbią siekierą ten chleb i przez dwadzieścia cztery godzin moczą w wodzie, aby jeść mogli. Bracia, miejcie litość! patrzcie, jak cierpią dokoła was!"
Prowensalczyk rodem, łatwo przyswoił sobie wszystkie narzecza południowe. Często w trącał do swych mów wyrażenia, używane w dolnym Langwedoku, to w górnym Delfinacie, to u stóp gór alpejskich. Podobało się to ludowi i nie mało ułatwiło mu przystęp do prostych umysłów. W górach, czy w chacie, zawsze był jakw swoim domu. Umiał najwznioślejsze rzeczy wyrażać najpospolitszem narzeczem. Znając wszystkie języki, przenikał do dusz wszystkich.
Zresztą jednaki był dla bogaczów i ubogich, dla ludzi światowych i prostaczków.
Nie potępiał niczego pośpiesznie, bez uwzględnienia okoliczności. Mawiał: trzeba zobaczyć, którędy błąd się wcisnął.
Sam będąc, jak z uśmiechem tytułował się, exgrzesznikiem, zbyteczną surowością dla drugich się nie odznaczał, i, choć marszczyli się srodze świętoszki, głośno wyznawał zasady, które dadzą się streścić w tych słowach:
"Człowiek ma na sobie ciało, które jest zarazem jego ciężarem i pokusą. Ciągnie je, ale mu i ustępuje.
"Musi nad niem czuwać, powściągać je, trzymać na wodzy, i nie być mu posłusznym, chyba w ostateczności. Może i w posłuszeństwie tem być błąd, ale taki grzech jest powszedni. Jest to upadek, ale upadek na kolana, dokonać się mogący modlitwą.
"Być świętym, rzecz wyjątkowa; być sprawiedliwym. prawidło: Błądźcie, upadajcie, grzeszcie, lecz bądźcie sprawiedliwymi.
"Jaknajmniej grzechu, to prawo człowieka. Żadnego zgoła grzechu, to marzenie anioła. Cokolwiek jest ziemskiego, podlega grzechowi. Grzech jest ciążeniem ku ziemi".
Zdarzało się, że wszyscy na coś krzyczeli głośno i oburzali się prędko: - Oh! oh! - mawiał wtedy z uśmiechem - widać że to nielada grzech, którego się wszyscy dopuszczają. Patrzajcie, jak przestraszone obłudy zawczasu protestują, żeby się zasłonić od podejrzeń!
Był pobłażający dla kobiet i ubogich, na których cięży brzemię społeczeństwa ludzkiego. Mówił: - Błędy kobiet, dzieci, sług, słabych, biednych, prostaczków i cienmych, są błędami mężów, ojców, panów, możnych bogaczów i uczonych.
Mówił jeszcze: - Nauczajcie ciemnych, jak możecie najwięcej; społeczeństwo grzeszy, że nie daje nauki bezpłatnie: odpowiedzialne jest za ciemność, którą szerzy. Dusza ta pełna jest cieniu, grzech łatwo się w niej rodzi. Winnym nie ten, kto grzeszy, lecz kto ciemność roztacza.
Jak widzimy, miał on dziwny i sobie właściwy sposób sądzenia o rzeczach. Mam podejrzenie, że go brał z Ewangelji.
Pewnego dnia opowiadano w salonie o procesie kryminalnym, który wkrótce miał być sądzonym. Jakiś nędzny człowiek, z miłości dla kobiety i dziecięcia, które miał z niej, przygnieciony niedostatkiem, wziął się do fałszowania monety. W owym czasie karano śmiercią za fałszowanie pieniędzy. Kobietę uwięziono, gdy wydawała pierwszą sztukę, sfabrykowaną przez tego człowieka. Trzymano ją w areszcie, lecz nie miano przeciw niej dowodów. Ona jedna mogła obwinić kochanka i zgubić go wyznaniem. Zaprzeczała. Nalegano. Uporczywie przeczyła. Prokurator królewski wpadł wówczas na pomysł. Udał, jakoby dowiedział się o niewierności kochanka, i zręcznie a uczenie podstawiając kawałki różnych listów, wmówił w nieszczęśliwą, że miała rywalkę i że ten człowiek ją zwodził. Wówczas, zazdrością przywiedziona do rozpaczy, oskarżyła swego kochanka, wyznała wszystko i dowiodła. Człowiek był zgubiony. Wkrótce sądzony być miał w Aix w raz ze swą wspólniczką. Opowiadano ten wypadek i każdy podziwiał przebiegłość urzędnika sądowego. Z pomocą obudzonej zazdrości i zemsty wydobył sprawiedliwość, zniewolił do wypowiedzenia prawdy w gniewie. Biskup słuchał w milczeniu. Gdy skończono, zapytał:
- Gdzie będą sądzić tego człowieka i tę kobietę?
- W sądzie kryminalnym.
- A gdzie będą sądzić pana prokuratora królewskiego?
Zdarzył się w D. tragiczny wypadek. Pewien człowiek skazany został na śmierć za zabójstwo. Był to ani dość ukształcony, ani zupełnie ciemny biedak, który zajmował się kuglarstwem na jarmarkach i pisaniem próśb dla włościan. Proces żywo zajmował miasto. W wilją tracenia skazanego zachorował kapelan więzienia. Szukano księdza, któryby dysponował na śmierć, i dał pociechę religijną, delikwentowi w ostatnich chwilach. Udano się do proboszcza. Ten, jak się zdaje, odmówił, powiadając: - To się mnie nie tyczy. Nie moja rzecz zajmować się tym skoczkiem i jego wyprawą na tamten świat; i ja także jestem chory, a zresztą nie moje miejsce na rusztowaniu. Powtórzono tę odpowiedź biskupowi, który rzekł: - Ksiądz proboszcz ma słuszność. To nie jego miejsce, lecz moje.
I natychmiast udał się do więzienia, zszedł do lochu kuglarza, zawołał go po imieniu, wziął go pod rękę i rozmawiał z nim. Cały dzień przy nim przepędził, zapominając o pokarmie i śnie, modląc się do Boga za duszę skazanego, i prosząc biedaka, aby się modlił za niego. Przypomniał mu największe prawdy, które są najprostsze. Był ojcem, bratem, przyjacielem, - biskupem, aby błogosławić tylko. Nauczał go, pocieszał, umacniał. Człowiek ten byłby umarł z rozpaczy. Śmierć była dla niego jakby przepaścią. Stojąc drżący nad złowrogim brzegiem, cofał się ze zgrozą. Nie był dość ciemnym, aby był zupełnie obojętnym. Wyrok śmierci, jak uderzenie piorunu, w strząsnął głęboko i przerwał tu i owdzie do koła niego zagrodę, dzielącą nas od tajemnicy wszechrzeczy, którą zowiemy życiem. Nieustannie spoglądał przez wyłomy fatalne nazewnątrz tego świata, i widział tylko ciemności. Biskup ukazał mu światło.
Nazajutrz, gdy przyszli po nieszczęśliwego, zastali przy nim biskupa. Pośpieszył za nim; i zdumione tłumy patrzyły, jak w fioletowej sukni, z krzyżem biskupim na szyi, szedł tuż obok nędznika, skrępowanego postronkami.
Wsiadł z nim na wóz, wstąpił z nim na rusztowanie. Delikwent, znękany i ponury wczoraj, jaśniał pogodą. Czuł, że jego dusza pogodziła się z Bogiem i miał nadzieję. Biskup ucałował go i w chwili, gdy miecz miał spaść na jego głowę, rzekł doń: - "Kogo człowiek zabija, tego Bóg wskrzesza; kogo bracia wyganiają, ten znajduje ojca. Módl się, wierz, wejdź do życia! Ojciec tam". Gdy zstępował z rusztowania, miał coś takiego w spojrzeniu, że lud mimowolnie usuwał się. Tak były blade jego lica, tak cudownie pogodne czoło. Powróciwszy do skromnego domku, który żartobliwie nazywał swym pałacem, rzekł do siostry: Celebrowałem pontyfkalnie.
Najwznioślejsze rzeczy są często najmniej zrozumiałe dla półmędrków, znaleźli się też w mieście ludzie, którzy nazwali ten postępek biskupa przesadą, afektacją. Zresztą mówiono tak tylko w salonach. Lud, który nie umie być złośliwym, gdy chodzi o święte czyny, był rozczulony i podziwiał.
Co do biskupa, widok gilotyny był dla niego strasznym ciosem, i długo nie mógł się po nim uspokoić.
W istocie rusztowanie, gdy staje gotowe przyjąć ofiarę, ma coś uderzającego. Można z pewną obojętnością mówić o karze śmierci, oświadczać się za nią lub przeciw niej, dopóki się nie widzi własnemi oczyma gilotyny: ale jeśli ją spotkasz, wstrząsa cię gwałtownie i musisz się zdecydować, oświadczyć za lub przeciw. Jedni ją podziwiają, jak de Maistre; inni przeklinają Beccaria. Gilotyna jest uświęceniem prawa; nazywa się pomstą; nie jest neutralną, i nie pozwala ci być neutralnym. Na jej widok przenika cię dreszcz tajemniczy. Wszystkie kwestje społeczne stawiają około tego fatalnego noża znaki zapytania. Rusztowanie nie jest ciesielką, rusztowanie nie jest machiną, rusztowanie nie jest bezwładnem wiązaniem z drzewa, żelaza i postronków. Jest to, zda się, istota żyjąca, obdarzona złowrogą inicjatywą; zda się, że ta ciesielka widzi, że ta machina słyszy, że to wiązanie rozumie, że to drzewo, to żelazo i te postronki pragną. W okropnem marzeniu, w które w trąca duszę widok rusztowania, zda ci się, że potwór ten dobrowolnie, chętnie wykonywa swą robotę. Rusztowanie jest wspólnikiem kata; pożera; je ciało, pije krew. Potwora tego spłodzili sędzia i cieśla: jest to widmo, żyjące strasznem życiem, karmiące się tysiącem śmierci.
To też wrażenie było straszne i głębokie; nazajutrz po traceniu i w kilka dni później, biskup wydawał się znękany, zgnębiony. Pogoda, prawie gwałtowna w żałobnej chwili znikła; widmo sprawiedliwości społecznej trapiło go nieustanie. On, co zwykle od wszystkich czynności wracał z promieniejącem zadowoleniem, tym razem zdawał się szynie sobie wyrzuty. Chwilami mówił do siebie samego, i szeptał półgłosem ponure monologi. Siostra jego podsłuchała z nich jeden i zanotowała: - Nie sądziłem, żeby to było tak potworne. Wada to zaglębizć się w prawie boskiem tak, dalece, że się nie dostrzega już prawa ludzkiego. Śmierć należy tylko do Boga. Jakim prawem ludzie dotykają tej rzeczy nieznanej?
Z czasem wrażenia te osłabły, a może i zatarły się. Wszelako zauważono, że biskup odtąd starannie unikał placu, na którym odbywało się tracenie.
Każdej chwili można było wezwać p. Myriel do łoża chorych i umierających. Wiedział, że to jest jedną z najważniejszych prac jego i największych obowiązków. Wdowy i sieroty nie potrzebowały go prosić, sam do nich przychodził. Umiał usiąść i milczeć długie godziny przy mężu, który utracił ukochaną żonę, przy matce, która straciła dziecię. Jak umiał milczeć, tak wiedział stosowną porę do przemówienia. O przedziwny pocieszycielu! Nie starał się zatrzeć boleści zapomnieniem, ale ją uzacnić, udostojnić nadzieją! Mówił: - "Zważ dobrze, jak się zwracasz do umarłych. Nie myśl o tem, co butwieje i niknie. Patrz w górę. Ujrzysz tam w głębi nieba żyjące światło ukochanego nieboszczyka". Starał się uspokoić człowieka zrozpaczonego, ukazując mu palcem człowieka, z poddaniem znoszącego ogrom boleści: starał się złagodzić boleść patrzącą w grób, ukazując boleść patrzącą na gwiazdę.
Nędznicy
TOM I
KSIĘGA PIERWSZA. SPRAWIEDLIWY.
I. Pan Myriel.
W roku 1815 pan Karol Franciszek Benvenuto Myriel zajmował stolicę biskupią w Digne. Był to starzec siedemdziesięcioletni, piastujący tę godność od roku 1806.
Chociaż szczegół ten nie dotyczy w żadnym względzie treści samej naszego opowiadania, może jednak nie będzie zbytecznem, choćby dla zachowania dokładności we wszystkiem, spisać tu pogłoski i zdania, jakie o nim krążyły w chwili, gdy przybył do swej djecezji. Fałsz czy prawda, plotka o człowieku, to, co o nim mówią, często w jego życiu, zwłaszcza w losie, ma tyle wagi, co jego własne czyny. Pan Myriel należał do arystokracji prawniczej, jako syn radcy parlamentu w Aix. Mówiono, że ojciec, przeznaczając go na swego następcę, ożenił go zawczasu, w osiemnastu czy dwudziestu leciech, wedle zwyczaju dość upowszechnionego w rodzinach swego stanu. Mówiono, że Karol Myriel, postępowaniem swojem, odnośnie do tego małżeństwa, wywołał sporo gadaniny o sobie. Był przystojny, chociaż wielkiego wzrostu, lubiący wytworność, powabny, dowcipny: przez pierwsze lata życia był oddany cały światu i jego powabom. Nadeszła rewolucja, wybuchły niespodziane wypadki: rodziny członków parlamentu wydziesiętkowane, rozpędzone, ścigane, rozsypały się po świecie. Pan Karol Myriel w pierwszych dniach rewolucji emigrował do Włoch. Tu żona mu umarła na piersiową chorobę, która oddawna ją trapiła, dzieci nie mieli wcale. Jakie później były losy pana Myriel? Czy rozsypująca się w gruzy dawna społeczność francuzka, tragiczne widowiska 93 roku, okropniejsze może dla emigrantów, którzy na nie patrzyli zdaleka przez powiększające szkła strachu - zasiały w nim myśl zaparcia się świata i osamotnienia? Czy wśród rozrywek i serdecznych węzłów, całe jego zajmujących życie, uderzył weń jeden z tych ciosów tajemniczych a okrutnych, co, trafiając w serce, obalają nieraz człowieka, którego nie wzruszyły klęski publiczne, utrata znaczenia i majątku? Nikt powiedzieć nie mógł; wiedziano tylko, że z Włoch powrócił już księdzem.
W roku 1804 pan Myriel był proboszczem w Brignolles. W latach już podeszłych żył zupełnie odosobniony.
W czasach koronacji jakiś interes probostwa, zapomniano już jaki, zmusił go udać się do Paryża. Między innemi osobami znaczącemi, poszedł w interesie parafjan swoich do kardynała Fech'a. Pewnego razu, gdy Cesarz odwiedzał wuja, zacny proboszcz, oczekujący w przedpokoju, w padł w oczy N. Panu. Napoleon, na którego starzec patrzył z pewną ciekawością, odwrócił się i rzekł żywo:
- Cóż to za poczciwiec tak mi się przygląda?
- N. Panie - rzekł pan Myriel - W. C. Mość na poczciwca, a ja patrzę na wielkiego człowieka. Obu nam może wyjść to na pożytek.
Cesarz tegoż wieczora spytał kardynała o nazwisko proboszcza, a wkrótce potem p. Myriel wielce się zdziwił dowiadując, że go mianowano biskupem Digne.
Ile było prawdy w pogłoskach o pierwszej części życia jego, nikt dobrze oznaczyć nie umiał. Nie wiele osób znało przed rewolucją rodzinę Myrielów.
P. Myriel uległ losowi wszystkich nowych przybyszów w małych miasteczkach, w których wiele jest gęb otwartych, a mało głów myślących. Uległ mu, chociaż był biskupem i że nim był właśnie. Ale gawędy, w których imię jego się spotykało, były zresztą gawędami tylko, plotkami, pogłoską, słowy, mniej niż słowy, paplaniem raczej, wedle energicznego wyrażenia ludowego.
Jakkolwiekbądź, po dziewięciu latach rezydencji na biskupstwie w D. wszystkie te bałamuctwa, przedmioty rozmów, które zajmowały w pierwszej chwili małą mieścinę i drobnych ludzi, zupełnie zostały zapomniane. Nikt nie śmiał ich powtarzać, nikt nie śmiał nawet przypominać ich sobie.
Pan Myriel przybył do D., wioząc z sobą starą pannę Baptystę, siostrę o dziesięć lat od niego młodszą.
Cały ich dwór składał się ze starej służącej, w wieku panny Baptysty, zwanej panią Maglorą, która zajmowała wprzód miejsce proboszczowskiej sługi, a te raz otrzymała dwoisty tytuł: garderobianej panny i klucznicy księdza biskupa.
Panna Baptysta była osobą słuszną, bladą, chudą, łagodną: wcielała w sobie ideał tego, co zowią zwykle szanowną, zdaje się bowiem, że do tytułu "czcigodnej" mają mieć prawo tylko kobiety matki. Nigdy nie była piękną; życie jej całe snuło, się pasmem uczynków miłosiernych i oblekło ją w końcu rodzajem bieli i światłości; na starość więc zdobiło ją to, co można nazwać "pięknością dobroci". Szczupła w młodości, stawała się coraz przezroczystszą z czasem, a z poza tej przejrzystości przeglądał anioł. Była raczej duszą niż dziewicą. P ostać jej zdawała się cieniem; zaledwie tyle miała ciała, ile go potrzeba, aby płeć jej uwydatnić; w odrobinie duszy iskierka światłości; wielkie oczy zawsze spuszczone: pretekst dla duszy do pozostawania na ziemi.
Pani Maglora była małą staruszką, białą, dość otyłą, zażywną, zakłopotaną, wiecznie zadyszaną, najprzód z powodu nieustannego zajęcia, a trochę z przyczyny astmy, na którą cierpiała.
Wprowadzono p. Myriel za jego przybyciem do pałacu biskupiego ze wszelkiemi honorami, jakie przepisywały dekrety cesarskie, stawiające biskupów w stopniu tuż po feldmarszałkach. Mer i prezydent pierwsi pośpieszyli go odwiedzić; on ze swej strony także odwiedził jenerała i prefekta.
Po instalacji miasto oczekiwało, co pocznie biskup, aby go sądzić z dzieł jego.
Chapitre II. Monsieur Myriel devient monseigneur Bienvenu
Le palais épiscopal de Digne était attenant a l'hôpital.
Le palais épiscopal était un vaste et bel hôtel bâti en pierre au commencement du si?cle dernier par monseigneur Henri Puget, docteur en théologie de la faculté de Paris, abbé de Simore, lequel était év?que de Digne en 1712. Ce palais était un vrai logis seigneurial. Tout y avait grand air, les appartements de l'év?que, les salons, les chambres, la cour d'honneur, fort large, avec promenoirs a arcades, selon l'ancienne mode florentine, les jardins plantés de magnifiques arbres. Dans la salle a manger, longue et superbe galerie qui était au rez-de-chaussée et s'ouvrait sur les jardins, monseigneur Henri Puget avait donné a manger en cérémonie le 29 juillet 1714 a messeigneurs Charles Br?lart de Genlis, archev?que-prince d'Embrun, Antoine de Mesgrigny, capucin, év?que de Grasse, Philippe de Vendôme, grand prieur de France, abbé de Saint-Honoré de Lérins, François de Berton de Grillon, év?que-baron de Vence, César de Sabran de Forcalquier, év?que-seigneur de Gland?ve, et Jean Soanen, pr?tre de l'oratoire, prédicateur ordinaire du roi, év?que-seigneur de Senez. Les portraits de ces sept révérends personnages décoraient cette salle, et cette date mémorable, 29 juillet 1714, y était gravée en lettres d'or sur une table de marbre blanc.
L'hôpital était une maison étroite et basse a un seul étage avec un petit jardin. Trois jours apr?s son arrivée, l'év?que visita l'hôpital. La visite terminée, il fit prier le directeur de vouloir bien venir jusque chez lui.
-Monsieur le directeur de l'hôpital, lui dit-il, combien en ce moment avez-vous de malades?
-Vingt-six, monseigneur.
-C'est ce que j'avais compté, dit l'év?que.
-Les lits, reprit le directeur, sont bien serrés les uns contre les autres.
-C'est ce que j'avais remarqué.
-Les salles ne sont que des chambres, et l'air s'y renouvelle difficilement.
-C'est ce qui me semble.
-Et puis, quand il y a un rayon de soleil, le jardin est bien petit pour les convalescents.
-C'est ce que je me disais.
-Dans les épidémies, nous avons eu cette année le typhus, nous avons eu une suette militaire il y a deux ans, cent malades quelquefois; nous ne savons que faire.
-C'est la pensée qui m'était venue.
-Que voulez-vous, monseigneur? dit le directeur, il faut se résigner.
Cette conversation avait lieu dans la salle a manger-galerie du rez-de-chaussée. L'év?que garda un moment le silence, puis il se tourna brusquement vers le directeur de l'hôpital:
-Monsieur, dit-il, combien pensez-vous qu'il tiendrait de lits rien que dans cette salle?
-La salle a manger de monseigneur! s'écria le directeur stupéfait.
L'év?que parcourait la salle du regard et semblait y faire avec les yeux des mesures et des calculs.
-Il y tiendrait bien vingt lits! dit-il, comme se parlant a lui-m?me.
Puis élevant la voix:
-Tenez, monsieur le directeur de l'hôpital, je vais vous dire. Il y a évidemment une erreur. Vous ?tes vingt-six personnes dans cinq ou six petites chambres. Nous sommes trois ici, et nous avons place pour soixante. Il y a erreur, je vous dis. Vous avez mon logis, et j'ai le vôtre. Rendez-moi ma maison. C'est ici chez vous.
Le lendemain, les vingt-six pauvres étaient installés dans le palais de l'év?que et l'év?que était a l'hôpital.
M. Myriel n'avait point de bien, sa famille ayant été ruinée par la révolution. Sa s?ur touchait une rente viag?re de cinq cents francs qui, au presbyt?re, suffisait a sa dépense personnelle. M. Myriel recevait de l'état comme év?que un traitement de quinze mille francs. Le jour m?me o? il vint se loger dans la maison de l'hôpital, M. Myriel détermina l'emploi de cette somme une fois pour toutes de la mani?re suivante. Nous transcrivons ici une note écrite de sa main.
Note pour régler les dépenses de ma maison.
Pour le petit séminaire: quinze cents livres
Congrégation de la mission: cent livres
Pour les lazaristes de Montdidier: cent livres
Séminaire des missions étrang?res a Paris: deux cents livres
Congrégation du Saint-Esprit: cent cinquante livres
Établissements religieux de la Terre-Sainte: cent livres
Sociétés de charité maternelle: trois cents livres
En sus, pour celle d'Arles: cinquante livres
OEuvre pour l'amélioration des prisons: quatre cents livres
OEuvre pour le soulagement et la délivrance des prisonniers: cinq cents
livres
Pour libérer des p?res de famille prisonniers pour dettes: mille livres
Supplément au traitement des pauvres maîtres d'école du dioc?se: deux
mille livres
Grenier d'abondance des Hautes-Alpes: cent livres
Congrégation des dames de Digne, de Manosque et de Sisteron,
pour l'enseignement gratuit des filles indigentes: quinze cents livres
Pour les pauvres: six mille livres
Ma dépense personnelle: mille livres
Total: quinze mille livres
Pendant tout le temps qu'il occupa le si?ge de Digne, M. Myriel ne changea presque rien a cet arrangement. Il appelait cela, comme on voit, avoir réglé les dépenses de sa maison.
Cet arrangement fut accepté avec une soumission absolue par mademoiselle Baptistine. Pour cette sainte fille, M. de Digne était tout a la fois son fr?re et son év?que, son ami selon la nature et son supérieur selon l'église. Elle l'aimait et elle le vénérait tout simplement. Quand il parlait, elle s'inclinait; quand il agissait, elle adhérait. La servante seule, madame Magloire, murmura un peu. M. l'év?que, on l'a pu remarquer, ne s'était réservé que mille livres, ce qui, joint a la pension de mademoiselle Baptistine, faisait quinze cents francs par an. Avec ces quinze cents francs, ces deux vieilles femmes et ce vieillard vivaient.
Et quand un curé de village venait a Digne, M. l'év?que trouvait encore moyen de le traiter, grâce a la sév?re économie de madame Magloire et a l'intelligente administration de mademoiselle Baptistine.
Un jour-il était a Digne depuis environ trois mois-l'év?que dit:
-Avec tout cela je suis bien g?né!
-Je le crois bien! s'écria madame Magloire, Monseigneur n'a seulement pas réclamé la rente que le département lui doit pour ses frais de carrosse en ville et de tournées dans le dioc?se. Pour les év?ques d'autrefois c'était l'usage.
-Tiens! dit l'év?que, vous avez raison, madame Magloire.
Il fit sa réclamation.
Quelque temps apr?s, le conseil général, prenant cette demande en considération, lui vota une somme annuelle de trois mille francs, sous cette rubrique: Allocation a M. l'év?que pour frais de carrosse, frais de poste et frais de tournées pastorales.
Cela fit beaucoup crier la bourgeoisie locale, et, a cette occasion, un sénateur de l'empire, ancien membre du conseil des cinq-cents favorable au dix-huit brumaire et pourvu pr?s de la ville de Digne d'une sénatorerie magnifique, écrivit au ministre des cultes, M. Bigot de Préameneu, un petit billet irrité et confidentiel dont nous extrayons ces lignes authentiques:
"-Des frais de carrosse? pourquoi faire dans une ville de moins de quatre mille habitants? Des frais de poste et de tournées? a quoi bon ces tournées d'abord? ensuite comment courir la poste dans un pays de montagnes? Il n'y a pas de routes. On ne va qu'a cheval. Le pont m?me de la Durance a Château-Arnoux peut a peine porter des charrettes a b?ufs. Ces pr?tres sont tous ainsi. Avides et avares. Celui-ci a fait le bon apôtre en arrivant. Maintenant il fait comme les autres. Il lui faut carrosse et chaise de poste. Il lui faut du luxe comme aux anciens év?ques. Oh! toute cette pr?traille! Monsieur le comte, les choses n'iront bien que lorsque l'empereur nous aura délivrés des calotins. A bas le pape! (les affaires se brouillaient avec Rome). Quant a moi, je suis pour César tout seul. Etc., etc."
La chose, en revanche, réjouit fort madame Magloire.
-Bon, dit-elle a mademoiselle Baptistine, Monseigneur a commencé par les autres, mais il a bien fallu qu'il finît par lui-m?me. Il a réglé toutes ses charités. Voila trois mille livres pour nous. Enfin!
Le soir m?me, l'év?que écrivit et remit a sa s?ur une note ainsi conçue:
Frais de carrosse et de tournées.
Pour donner du bouillon de viande aux malades de l'hôpital: quinze
cents livres
Pour la société de charité maternelle d'Aix: deux cent cinquante livres
Pour la société de charité maternelle de Draguignan: deux cent cinquante
livres
Pour les enfants trouvés: cinq cents livres
Pour les orphelins: cinq cents livres
Total: trois mille livres
Tel était le budget de M. Myriel.
Quant au casuel épiscopal, rachats de bans, dispenses, ondoiements, prédications, bénédictions d'églises ou de chapelles, mariages, etc., l'év?que le percevait sur les riches avec d'autant plus d'âpreté qu'il le donnait aux pauvres.
Au bout de peu de temps, les offrandes d'argent afflu?rent. Ceux qui ont et ceux qui manquent frappaient a la porte de M. Myriel, les uns venant chercher l'aumône que les autres venaient y déposer. L'év?que, en moins d'un an, devint le trésorier de tous les bienfaits et le caissier de toutes les détresses. Des sommes considérables passaient par ses mains; mais rien ne put faire qu'il changeât quelque chose a son genre de vie et qu'il ajoutât le moindre superflu a son nécessaire.
Loin de la. Comme il y a toujours encore plus de mis?re en bas que de fraternité en haut, tout était donné, pour ainsi dire, avant d'?tre reçu; c'était comme de l'eau sur une terre s?che; il avait beau recevoir de l'argent, il n'en avait jamais. Alors il se dépouillait.
L'usage étant que les év?ques énoncent leurs noms de bapt?me en t?te de leurs mandements et de leurs lettres pastorales, les pauvres gens du pays avaient choisi, avec une sorte d'instinct affectueux, dans les noms et prénoms de l'év?que, celui qui leur présentait un sens, et ils ne l'appelaient que monseigneur Bienvenu. Nous ferons comme eux, et nous le nommerons ainsi dans l'occasion. Du reste, cette appellation lui plaisait.
-J'aime ce nom-la, disait-il. Bienvenu corrige monseigneur.
Nous ne prétendons pas que le portrait que nous faisons ici soit vraisemblable; nous nous bornons a dire qu'il est ressemblant.
Chapitre V. Que monseigneur Bienvenu faisait durer trop longtemps ses soutanes
La vie intérieure de M. Myriel était pleine des m?mes pensées que sa vie publique. Pour qui e?t pu la voir de pr?s, c'e?t été un spectacle grave et charmant que cette pauvreté volontaire dans laquelle vivait M. l'év?que de Digne.
Comme tous les vieillards et comme la plupart des penseurs, il dormait peu. Ce court sommeil était profond. Le matin il se recueillait pendant une heure, puis il disait sa messe, soit a la cathédrale, soit dans son oratoire. Sa messe dite, il déjeunait d'un pain de seigle trempé dans le lait de ses vaches. Puis il travaillait.
Un év?que est un homme fort occupé; il faut qu'il reçoive tous les jours le secrétaire de l'év?ché, qui est d'ordinaire un chanoine, presque tous les jours ses grands vicaires. Il a des congrégations a contrôler, des privil?ges a donner, toute une librairie ecclésiastique a examiner, paroissiens, catéchismes diocésains, livres d'heures, etc., des mandements a écrire, des prédications a autoriser, des curés et des maires a mettre d'accord, une correspondance cléricale, une correspondance administrative, d'un côté l'état, de l'autre le Saint-Si?ge, mille affaires.
Le temps que lui laissaient ces mille affaires, ses offices et son bréviaire, il le donnait d'abord aux nécessiteux, aux malades et aux affligés; le temps que les affligés, les malades et les nécessiteux lui laissaient, il le donnait au travail. Tantôt il b?chait la terre dans son jardin, tantôt il lisait et écrivait. Il n'avait qu'un mot pour ces deux sortes de travail; il appelait cela jardiner.
-L'esprit est un jardin, disait-il.
A midi, il dînait. Le dîner ressemblait au déjeuner.
Vers deux heures, quand le temps était beau, il sortait et se promenait a pied dans la campagne ou dans la ville, entrant souvent dans les masures. On le voyait cheminer seul, tout a ses pensées, l'?il baissé, appuyé sur sa longue canne, v?tu de sa douillette violette ouatée et bien chaude, chaussé de bas violets dans de gros souliers, et coiffé de son chapeau plat qui laissait passer par ses trois cornes trois glands d'or a graine d'épinards.
C'était une f?te partout o? il paraissait. On e?t dit que son passage avait quelque chose de réchauffant et de lumineux. Les enfants et les vieillards venaient sur le seuil des portes pour l'év?que comme pour le soleil. Il bénissait et on le bénissait. On montrait sa maison a quiconque avait besoin de quelque chose.
Ça et la, il s'arr?tait, parlait aux petits garçons et aux petites filles et souriait aux m?res. Il visitait les pauvres tant qu'il avait de l'argent; quand il n'en avait plus, il visitait les riches.
Comme il faisait durer ses soutanes beaucoup de temps, et qu'il ne voulait pas qu'on s'en aperç?t, il ne sortait jamais dans la ville autrement qu'avec sa douillette violette. Cela le g?nait un peu en été.
Le soir a huit heures et demie il soupait avec sa s?ur, madame Magloire debout derri?re eux et les servant a table. Rien de plus frugal que ce repas. Si pourtant l'év?que avait un de ses curés a souper, madame Magloire en profitait pour servir a Monseigneur quelque excellent poisson des lacs ou quelque fin gibier de la montagne. Tout curé était un prétexte a bon repas; l'év?que se laissait faire. Hors de la, son ordinaire ne se composait gu?re que de légumes cuits dans l'eau et de soupe a l'huile. Aussi disait-on dans la ville:
-Quand l'év?que fait pas ch?re de curé, il fait ch?re de trappiste.
Apr?s son souper, il causait pendant une demi-heure avec mademoiselle Baptistine et madame Magloire; puis il rentrait dans sa chambre et se remettait a écrire, tantôt sur des feuilles volantes, tantôt sur la marge de quelque in-folio. Il était lettré et quelque peu savant. Il a laissé cinq ou six manuscrits assez curieux; entre autres une dissertation sur le verset de la Gen?se: Au commencement l'esprit de Dieu flottait sur les eaux. Il confronte avec ce verset trois textes: la version arabe qui dit: Les vents de Dieu soufflaient; Flavius Jos?phe qui dit: Un vent d'en haut se précipitait sur la terre, et enfin la paraphrase chalda?que d'Onkelos qui porte: Un vent venant de Dieu soufflait sur la face des eaux. Dans une autre dissertation, il examine les ?uvres théologiques de Hugo, év?que de Ptoléma?s, arri?re-grand-oncle de celui qui écrit ce livre, et il établit qu'il faut attribuer a cet év?que les divers opuscules publiés, au si?cle dernier, sous le pseudonyme de Barleycourt.
Parfois au milieu d'une lecture, quel que f?t le livre qu'il e?t entre les mains, il tombait tout a coup dans une méditation profonde, d'o? il ne sortait que pour écrire quelques lignes sur les pages m?mes du volume. Ces lignes souvent n'ont aucun rapport avec le livre qui les contient. Nous avons sous les yeux une note écrite par lui sur une des marges d'un in-quarto intitulé: Correspondance du lord Germain avec les généraux Clinton, Cornwallis et les amiraux de la station de l'Amérique. A Versailles, chez Poinçot, libraire, et a Paris, chez Pissot, libraire, quai des Augustins.
Voici cette note:
"Ô vous qui ?tes!
"L'Ecclésiaste vous nomme Toute-Puissance, les Macchabées vous nomment Créateur, l'Épître aux Éphésiens vous nomme Liberté, Baruch vous nomme Immensité, les Psaumes vous nomment Sagesse et Vérité, Jean vous nomme Lumi?re, les Rois vous nomment Seigneur, l'Exode vous appelle Providence, le Lévitique Sainteté, Esdras Justice, la création vous nomme Dieu, l'homme vous nomme P?re; mais Salomon vous nomme Miséricorde, et c'est la le plus beau de tous vos noms."
Vers neuf heures du soir, les deux femmes se retiraient et montaient a leurs chambres au premier, le laissant jusqu'au matin seul au rez-de-chaussée.
Ici il est nécessaire que nous donnions une idée exacte du logis de M. l'év?que de Digne.